Plaidoyer pour la réouverture des maisons de rendez-vous

En tant que bricoleuse émérite et amatrice de travaux de tous genres, et comme tout.e rescapé.e de chantiers de rénovation à durée indéterminée, « finitions » était pour moi un vilain mot qui évoque l’ultime effort à fournir avant de pouvoir ranger définitivement clés, pinceaux et autres outils et de m’adonner en bonne âme et conscience au farniente béat dans mon doux foyer refait de la cave aux combles.

Ça, c’était avant que je ne sois masseuse professionnelle. Depuis, j’utilise même le mot « professionnelle » avec prudence et circonstance, « praticienne de massage bien-être » étant plus neutre et dépourvu d’une fâcheuse connotation. Car dans le monde du massage au sens le plus flou, les « finitions », ou « happy ending » pour les polyglottes, sont ce petit extra censé clore une séance de massage en beauté, à condition d’être capable de qualifier de beaux les grimaces et manifestations sonores d’un parfait inconnu qui confond massage et prestations sexuelles. Ce dernier étant bien souvent convaincu de pouvoir prétendre à être l’heureux bénéficiaire non pas d’un acte de prostitution, mais d’une faveur accordée par une masseuse qui se serait formée au prix de sacrifices personnels et financiers pendant plusieurs mois, voire années dans le seul but de secouer Popaul (of course…).

Loin de moi l’idée de blâmer, juger ou condamner Popaul et les esprits échauffés dont il est tributaire. C’est par pure pragmatisme que j’écris ces lignes, avec pour seule question et seul objectif : comment éviter des moments de gêne aux masseuses et aux Popaul ?

Il n’est pas inutile de mentionner en préambule, et au nom de l’égalité, que les femmes dans certains salons, notamment de la capitale, ont droit elles aussi aux « finitions ». Et qu’il arrive aux masseurs d’avoir à gérer des attentes illégitimes de la part de quelques clientes. Je me contente ici de défendre en toute partialité mon point de vue de femme, exerçant en province.

Puisque Popaul ne sort évidemment pas d’une grotte préhistorique dans laquelle il aurait réalisé une retraite spirituelle pendant plusieurs décennies, il est au courant que de nos jours, certaines masseuses ne font « que » masser. Il est dès lors extrêmement compliqué et fastidieux pour lui d’énoncer ce dont il a besoin. Peut alors s’engager une conversation téléphonique alambiquée.

– Bonjour, je voulais savoir, vous faites quoi comme massages ?

– Des massages bien-être (non, je ne suis ni kiné, ni ostéo, et de ce fait, la loi préconise de spécifier « bien-être »).

– Ahhh ok (alléluia, vous devriez donc proposer les « finitions »).

– Vous recherchez quoi comme massage… etc, etc… avez-vous des tensions quelque part ?

– (Oui au niveau des « reins ») … euh… non pas spécialement… c’est plutôt pour de la détente…

Bien que je sois une amoureuse inconditionnelle de la langue française, je préfère alors couper rapidement court à toute gymnastique sémantique supplémentaire.

– Comme vous êtes un homme et afin d’éviter tout malentendu, je me permets de préciser que je ne fais pas de massages érotiques. 

Là, deux possibilités.

Petit a. L’interlocuteur se met à bafouiller que bien évidemment, il veut juste un massage détente et rien de plus, et qu’il rappellera pour prendre rdv (inutile de préciser que je n’en entendrai plus jamais parler). Moment de gêne pour lui. Sans oublier qu’il n’en est probablement pas à sa première.

Petit b. L’interlocuteur s’étouffe et, bien souvent, me fait comprendre qu’il n’apprécie que moyennement que je lui prête de telles intentions. Moment de gêne pour moi.

Pour être honnête, je suis tellement rodée à cet exercice que cela ne me pose plus aucun problème. Si ce n’est que j’envie les corps de métier où il ne faille surveiller son langage pour protéger ses arrières. Il ne viendrait à l’esprit de personne que la boulangère pourrait vendre autre chose que ses « miches » de pain. Ou la conchylicultrice ses « moules ». Ou la vendeuse de chez Décathlon ses « skis de fond ». Il peut certainement arriver qu’elles se fassent draguer, avec plus ou moins d’élégance, mais il n’y aura jamais confusion quant à leur profession.

J’oubliais le petit c. L’interlocuteur qui n’est absolument pas gêné et qui répond sur un ton de reproche « ah mais j’aurais préféré ». Ah ben oui, mais non.

Ou encore le petit d. « Oui bien entendu ! Mais le massage tantrique, vous faites ? ». Ah ben, non plus…

Devant tant de quiproquos, de malentendus et d’hypocrisie, je ne vois qu’une solution. Appelons un chat un chat. N’ayons plus recours au dictionnaire des synonymes. Rouvrons les maisons de rendez-vous. Laissons les travailleurs du sex travailler dans les meilleures conditions possibles. Laissons-leur le libre choix – d’une couverture sociale, d’un numéro de siret, de visites médicales – et des mots quant à leur prestations (quid de « caresses de velours et 7e ciel »… une idée comme une autre…). Laissons les masseuses et masseurs exercer en toute tranquillité et sérénité. Car oui, le massage (bien-être) est bel et bien une pratique destinée à apporter détente musculaire et mentale, et un formidable moyen de lutter contre les tensions et le stress, au moyen de techniques et de connaissances acquises au cours de formations et dans des écoles reconnues par la Fédération Françaises de Massages Bien-Être. Et en aucun cas un moment de gâteries tarifées.

Au salon de la rue des Moulins, Henri de Toulouse-Lautrec

Pour comprendre ce qu’est le massage bien-être et tous ses bienfaits, lisez par ici.

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Pour (re)découvrir l’histoire des lupanars, bordels et autres maison closes, ainsi que la définition de « maison de rendez-vous », Wikipedia le raconte très bien.